Licorne, vous avez dit licorne?

Je me suis toujours sentie différente. Je me sentais étrangère dans ma propre famille, je n’avais pas la même vision du monde, la même façon d’être. Je ne comprenais pas pourquoi je devais colorier les poussins en jaune plutôt qu’en vert, pourquoi les gens qui m’acceptaient ne pouvaient pas être mes amis, pourquoi une couleur de peau posait problème.

Avant mes deux ans, j’avais connu mon premier rejet, ma première agression par un groupe. S’en est ensuivie une histoire compliquée, faite d’agressions, de tentatives d’intégration, d’opposition des normes sociales, avec une impression d’être toujours à part, jamais vraiment présente ni acceptée.

Petite, je me suis réfugiée dans la lecture, la nature, la musique, puis plus tard mes études, mon métier, mes métiers, la danse aussi. J’ai fait des rencontres, me suis mise en couple, ai eu un enfant… comme tout le monde. Je gagnais correctement ma vie, j’avais un statut, mon existence avait du sens.

Pourtant, derrière le masque, c’était de plus en plus difficile. Mon enfant était différent, très différent, je ne savais pas pourquoi, et je n’avais pas de soutien de mon entourage, des professionnels de santé ou de l’école, pour qui tout allait “bien”. Pourtant, je savais que ce n’était pas le cas. Je me sentais seule, épuisée, incompétente et impuissante.

Au travail, le sens, disparaissait peu à peu. Et il y a eu cette année où tout a explosé: un décès, deux proches gravement malades, un autre en difficulté, et un enfant en détresse, et au milieu de tout ça, moi. A essayer de continuer à travailler, de prendre soin, de tenir.

Je n’ai pas pu. Mon corps a décidé pour moi. Mes émotions, ma sensibilité ont explosé. Je n’avais plus d’énergie pour des masques. J’ai du faire le choix de survivre, de vivre, de comprendre, de me comprendre.

Réparer mon corps, et pour ça enlever le stress de ma vie, analyser ce qui me rendait malade, mettre toutes les chances de mon côté. Me choisir, sans considération pour les autres, tous les autres qui voulaient que les choses continuent comme elles étaient. Digérer et laisser sortir mes émotions, à ma façon, sans mots, car je n’en avais pas, pas à ce moment-là. Et en dernier comprendre, analyser, me trouver au milieu de tout ce chaos.

Et à côté, gérer le quotidien, aider mon enfant à se trouver, apprendre qu’elle est neurodivergente, et que je le suis sans doute aussi. Faire des rencontres, me re-perdre, apprendre des choses, avancer, reculer. Brique à brique, découvrir qui je suis, et ce que j’ai à apporter au monde.

Comprendre, vraiment comprendre, ce que j’ai pourtant toujours su: que chaque être sur ce monde est beau par nature et a sa place, son apport au collectif, ni meilleur ni pire que les autres, et naturellement différent. Et aussi qu’être neurodivergente c’est ce qui sauvera le monde.

Car nous sommes les lanceurs-ses d’alerte. Nous sommes les innovateurs-trices. Les trouveurs_ses, les chercheurs-ses, les artistes, les pourvoyeurs-ses de vie, de lumière, de création du monde. Ce qui permet au monde d’évoluer et de toucher au divin. Ceux et celles qui incarnent l’espoir…

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