La danse et moi…

Si on m’avait dit que j’organiserais des danses un jour, je ne l’aurais pas cru.

Petite, j’avais deux pieds et mains gauches, la tête dans la lune, et à part quelques brèves incursions en lutte, en barres parallèles, en foot et en natation, le sport était hors de ma portée : mon corps ne faisait pas du tout ce que je voulais en règle générale, lancer ou pire attraper une balle était un exercice complexe, bref c’était compliqué.

J’aimais bouger pourtant… j’ai fait du cheval (jusqu’à ce que je me fasse deux fractures coup sur coup), du ski (j’étais très souvent par terre), de la voile (comme cuistot, surtout), et des tas d’autres trucs. Mais il faut avouer que globalement c’était galère. Alors quand j’ai essayé la salsa, c’était surtout par curiosité.

Et là… je ne sais pas ce qui s’est passé mais la musique me permettait de bouger plus facilement. J’ai continué. J’ai essayé d’autres danses latines. Je suis devenue leader en kizomba (au départ, principalement parce que j’avais du mal à être invitée, et aussi pour faire danser d’autres comme moi, j’aurais aimé qu’on me fasse danser). Je ne suis jamais devenue une bonne danseuse, parce qu’en général j’oublie ce que je suis en train de faire après quelques minutes, mais j’ai adoré danser (j’adore toujours d’ailleurs).

C’est bien des années plus tard que j’ai connu la danse libre extatique, dans une retraite de yoga à Ibiza. J’ai détesté. C’était dehors, pieds nus, l’herbe était coupante comme des rasoirs, et c’était en groupe, sur le thème des cinq éléments. J’était mal à l’aise dans ce groupe de gens que je ne connaissais pas et qui avaient l’air de s’amuser, et je ne ressentais aucune affinité pour certains des éléments et ne savait pas quoi faire pendant ces parties là de la musique. J’ai essayé une autre fois la danse extatique, sans plus de succès. Alors quand une amie m’a proposé une danse extatique à Londres au solstice 2022, je n’étais pas très enthousiaste, d’autant que j’avais mal aux pieds à force de marcher dans tout Londres avec des chaussures neuves.

Mais c’était soit ça, soit Stonehenge, et il faisait un froid de canard, et ça me faisait un peu peur, donc… Et pour moi, cette danse-là, ça a été la révélation! La musique était partout, inspirante, fluide, il y avait une liberté totale, une bienveillance, une humanité… Et aucun besoin de parler, réfléchir, expliquer… Bref, c’était un espace où je pouvais juste être moi, ce qui ne m’arrivait pas si souvent. Il FALLAIT que je ramène ça en France, là où j’habitais (moitié en Vendée, moitié en Touraine à l’époque).

Alors je me suis formée à la facilitation des danses extatiques, j’ai créé une association avec une amie, j’ai demandé des musiques à une DJ d’extatique, puis j’ai fait mes propres playlists, et découvert que j’aimais assembler de la musique. J’ai réalisé mon rêve de danser sur une plage au coucher du soleil, mais j’ai aussi dansé la nuit, dans un jardin, dans la forêt… Dehors, toujours dehors, en prise directe avec les éléments, les changements de saison, de lumière, d’énergie. Avec des musiques en harmonie avec l’énergie traversée à ce moment précis, pour des moments magiques et transformateurs.

Mais surtout, il y a eu ces gens qui venaient danser. Bien souvent, des neurodivergents, qui y trouvaient comme moi la liberté d’être vraiment, rarement atteinte dans la vraie vie. Il y a eu des moments magiques, comme celui qui n’avait pas besoin de musique pour danser. Un partage de mes origines, avec une danse consacrée à Hawaii où je suis née. La joie, toujours. Et surtout, surtout, une liberté d’expression qui s’est étendue à tous les domaines de ma vie ; le courage de faire des choses différentes, ma voix qui ose chanter partout, tout le temps, bref, tout mon être s’est métamorphosé.

C’est ça, le pouvoir de la danse libre. Parce qu’il n’y a pas de codes physiques, parce qu’il n’y a pas de mots, le cerveau prend des vacances, et le corps est enfin libre. Or, c’est dans le corps, la matière, que nous existons en réalité. Lui laisser le pouvoir, c’est reprendre vie, et sens. Bienvenue dans la danse!

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